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Lors d’une session SST d’une formation CACES (2)

Lors d’une session SST d’une formation CACES (2) Posted on 12 juin 2019Leave a comment

La porte du bungalow se referme. Un café passe de main en main jusqu’à Eric:

“Tout le monde est là? ” demande-t-il tout de suite.

En fait nous étions tous en train de l’attendre. Gaël répond que oui.

Eric gobe son café en une traite, repose le gobelet vide sur la table en disant: “Bah allez c’est parti alors!”

Le groupe se sépare en deux ceux qui vont conduire et nous qui passons dans la salle de réunion; un préfabriqué juste à côté de notre salle de pause. Dans la salle les tables sont repoussées contre les murs et les chaises disposées en demi cercle laissant le centre de la pièce vide. Eric y étale une couverture sur le sol, et entame le réglage de son vidéo projecteur. Pendant ce temps là la feuille d’émargement fait le tour du groupe. Ces quinze minutes de préparation semblent longues. En plus c’est le silence dans la salle. C’est étrange parce que d’habitude il y a toujours des personnes qui parlent de ce qu’ils ont fait la veille ou racontent des blagues. La journée va être longue…

Attente, silence et chaleur des chauffages électriques qui marchent à fond, Jonathan n’a pas pu résister… il s’endort.

Eric qui vient de terminer ses réglages se retourne, voit Jonathan, lève les épaules en souriant et dit:

“J’ai mis tant de temps que ça?”

Ces mots, les tout premiers depuis presque vingt minutes, rompent le silence établit dans la salle, et la petite sieste de Jonathan dont les yeux ont du mal à se rouvrir. Il frotte son visage pour se concentrer.

“Oh excuse nous on t’a réveillé?” lui lance Eric d’un ton bienveillant.

“Ben ouais, désolé chef mais moi à c’t’heure ci d’habitude je travaille, je m’active quoi, là c’est dur! C’est comme l’école quoi!” Tout le monde rigole.

“T’en fais pas, reprend Eric, je comprend parfaitement, et je vais essayer de rendre tout ça interressant. Malheureusement ce matin je suis obligé de passer quelques diapos alors va falloir lutter contre l’endormissement, puis cette après midi on va pratiquer! On va commencer par faire un tour de table pour que vous puissiez vous présenter rapidement, et me dire pourquoi vous avez choisi cette formation de conducteur d’engin.”

Chacun son tour on prend la parole. On apprend que pratiquement tout le monde travaille dans le bâtiment ou les travaux publics. Que dans le groupe peu son chômeur. Que plus de la moitié ont déjà conduit des engins de chantiers sans le CACES mais avec l'”autorisation orale” du patron. Que deux personnes sont déjà secouristes parce qu’ils sont pompiers volontaires. Que sur les huit gars présents, cinq ont déjà vécu une situation d’urgence au travail allant du malaise, en passant par la main écrasée sous une presse, jusqu’à l’accident mortel…

C’est au tour de Gaël de se présenter:

“J’ai 33 ans, une femme deux enfants. Je suis maçon, depuis 15 ans pour l’instant.”

“Et pourquoi t’as choisi de reprendre une formation?”

La voix de Gaël commence à se transformer, et la gorge serrée il raconte:

“Bah j’ai été témoin d’un accident mortel sur un chantier. Comme je l’ai dit, je suis maçon, et j ‘ai une famille. Quand on bosse, on dit au revoir le matin à sa famille mais on est pas sensé mourir sur le chantier. En tout cas on y pense pas c’est sûr. Ca m’a traumatisé et même si je voulais je pourrai plus monter sur un echaffaudage.”

“Oui sur les chantiers il y a beaucoup de situation qui peuvent être dangereuse.”

Gaël l’interrompt et reprend:

“En même temps il y a les règles de sécurité, et dans la pratique des fois c’est ce qu’on fait pas et on s’en rend pas compte. Là c’était le cas. On mettait le faîtage en place sur l’un des pignons. Du coup les parpaings qu’on posait, sont à la hauteur de nos cuisses. En principe faut mettre une longe de vie et un baudrier. Y’a eu coup de vent dans notre dos, Momo a été destabilisé et d’un coup il est tombé jusqu’en bas. J’ai pas vu au départ, ça a été rapide. Dans ces cas là t’es bloqué tu te demandes quoi… bref ça te traumatise.” Les larmes lui montent aux yeux, et sans vraiment craqué il continue: “Y’a sur le coup, puis après tu te poses des questions, tu te vois faire les même gestes que lui, prendre les même risques aussi, puis tu te dis “bah à quoi bon faut que je change, j’ai pas envi de mourir.”

Tout le monde dans le groupe comprend que c’est l’histoire que Gaël aller raconter à Max au café du matin. L’ambiance est lourde. Eric décide de faire une pause. Le tour de table est terminé. Ca fait une heure qu’on a démarré Tout le monde sors prendre l’air, personne ne parle, décidément la journée va être longue.

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